Rappelez vous c'était il y a 20 ans
La place était ouverte jeudi au public mais sous très haute surveillance policière, les autorités communistes voulant prévenir tout incident à l'occasion du 20e anniversaire de la sanglante répression du "printemps de Pékin.
En 1999, pour le dixième anniversaire, les accès à la grande place du centre de la capitale chinoise avaient été interdits.
Jeudi matin, encadrée par des centaines de policiers, la foule était venue nombreuse assister à la traditionnelle cérémonie quotidienne de la levée des couleurs. Beaucoup de spectateurs venaient de province et rien ne semblait rappeler les tragiques événements du 4 juin 1989.
Un photographe de Reuters s'est vu interdire de prendre des photos et les policiers lui ont ordonné de supprimer celles qu'il avait déjà prises.
Interrogées, quelques personnes
Interrogées, quelques personnes avouaient toutefois être venues spécialement rendre un hommage silencieux aux victimes de la répression, dont le nombre n'a toujours pas été rendu public.
Par mesure préventive, plusieurs dissidents avaient été interpellés ces derniers jours.
Mercredi, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a demandé à la Chine de fournir une version publique de ce qui est arrivé aux victimes et aux disparus.
"Une Chine qui a accompli d'énormes progrès au plan économique et qui est en passe de prendre sa place légitime dans le concert des nations devrait se pencher ouvertement sur les événements sombres de son passé et fournir une version publique de ceux qui ont été tués, arrêtés ou qui ont disparu, à la fois pour en tirer les leçons et guérir les plaies", a-t-elle dit.
"Ce 20e anniversaire fournit l'occasion aux autorités chinoises de libérer de prison tous ceux qui continuent de purger des peines liées aux événements du 4 juin 1989", a-t-elle ajouté.
Cette requête a provoqué la colère de Pékin, qui a dénoncé une "ingérence grossière dans les affaires intérieures chinoises".
"La déclaration des Etats-Unis ignore les faits et avance des accusations sans fondement contre le gouvernement chinois", a affirmé Qin Gang, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
A Taiwan également, le président taiwanais, Ma Ying-jeou, se démarquant de son ton conciliant habituel, a estimé que le pouvoir communiste devait regarder la vérité en face.
INFORMATION SOUS CONTRÔLE
"Il faut faire face avec courage à cette phase douloureuse de l'histoire, qu'il importe de ne pas occulter intentionnellement", a-t-il dit.
Les autorités de Pékin, méfiantes, bloquent depuis mardi l'accès aux services de l'outil de réseau social internet Twitter, au site gratuit de partage de photos et de vidéos Flickr, de même que, brièvement, au fournisseur de messageries Hotmail. Les bulletins d'information étrangers consacrés à l'anniversaire ont été coupés.
"Les dirigeants préfèrent tout simplement éviter ce thème", explique un philosophe chinois, Zhang Boshu, qui réclame une reconnaissance publique des événements. "Ils (les dirigeants) savent que la répression de 1989, les tirs sur leurs propres citoyens ont été un coup terrible pour leur légitimité".
A Hong Kong, des milliers de personnes devaient participer dans la soirée à une veillée aux chandelles à la mémoire des victimes, comme c'est le cas chaque année. A Taiwan aussi, on comptait marquer de la sorte cet anniversaire hors du commun.
Au cours du "printemps de Pékin", des étudiants avaient campé pendant des semaines et par milliers place Tiananmen pour réclamer une démocratisation de la vie politique du pays.
Les chars étaient intervenus sur la place Tiananmen dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, mettant brutalement fin au sit-in pacifique. Les autorités n'ont jamais publié de bilan des événements, qui auraient fait des centaines, voire des milliers de morts.
La Chine d'il y a vingt ans est très différente de celle d'aujourd'hui.
Si la mention de la répression reste taboue dans les médias chinois, les dissidents continuent de demander au gouvernement de réexaminer sa position sur les événements. Le pouvoir chinois en reste à son approche de 1989, à savoir que les étudiants de Tiananmen ourdissaient un complot contre-révolutionnaire.
"La nature de cette tragédie n'a pas changé. Elle demeure un massacre sanglant de civils pacifiques",
déclaraient la semaine dernière dans une lettre ouverte les "Mères de Tiananmen", qui militent pour une reconnaissance pleine et entière des événements du 4 juin

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