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En 2006, la politesse n’a pas
disparu, elle n’a fait qu’évoluer à cause du brassage culturel sans précédent et des conditions sociales tout particulièrement âpres que connaissent nos sociétés.
Cela génère malentendus, quiproquos et agressivité, dus surtout à la peur et aux préjugés : si l’autre n’obéit pas aux mêmes codes sociaux que moi,
c’est lui qui est dans l’erreur
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1968, le début du relâchement
Le philosophe Michel Lacroix parle, lui,
d’un « fléchissement certain de la politesse depuis trente ans » : on prend avec le savoir-vivre les mêmes libertés qu’avec la grammaire, et de même que la
conjugaison en a pris un coup, le respect de l’autre s’est abîmé.
Comment s’est opéré ce relâchement progressif ? « Les années 1960, qui ont culminé avec 68, ont érigé en valeurs la transparence, l’authenticité et la vérité
dans les relations humaines, explique Michel Lacroix. La politesse telle qu’on l’imposait
autrefois a été de ce fait assimilée à de l’hypocrisie. Elle était complice d’un ordre social et sexuel
répressif. »
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Avec la fin du respect des hiérarchies et de la division des sexes et des
classes, c’est tout un ordre qui a volé en éclats. On a pensé alors que la « politesse du cœur » suffisait, parce que moins
hypocrite que les codes conventionnels. « Or, la politesse n’a rien à voir avec l’affectif, poursuit Michel Lacroix. C’est justement quand je n’aime
pas quelqu’un ou qu’il m’est indifférent que la politesse vient à mon secours pour l’aborder. »
Qu’un prof aime ou n’aime pas un élève, il se doit avoir envers lui un respect identique. Ou, comme l’écrivait le
moraliste Joseph Joubert, « par la politesse, dès le premier abord, les hommes qui n’ont pas encore eu le temps de savoir s’ils ont du mérite commencent par
s’en supposer ».
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« Lorsque je demande à mes étudiants à quoi leur sert le savoir-vivre,
raconte Dominique Picard, ils répondent : à être reconnu dans son identité, à savoir que l’on existe pour l’autre et à délimiter son espace propre. En somme,
pour les nouvelles générations, la politesse, c’est de l’huile dans les rouages
de la communication.
Les générations précédentes, elles, intégraient l’apprentissage de la politesse comme facteur de promotion sociale. Les parents
voyaient l’avenir de leurs enfants forcément plus rose que le leur et il y avait un bénéfice à leur enseigner des codes qui leur permettaient d’évoluer dans
des milieux sociaux “supérieurs”. Il fallait se “distinguer”, comme le disait Pierre Bourdieu. Cette donnée a changé à cause des difficultés sociales et du
chômage. » Sans compter l’esprit de compétition et le règne de l’individualisme.
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En quête d’un nouveau savoir-vivre
Or, selon Michel Lacroix, le balancier est allé si loin que nous aspirons
actuellement à un savoir-vivre new-look : « Notre époque est à la recherche d’une “bonne” politesse : ni machiste, ni
moraliste, ni hypocrite. D’ailleurs, on le voit à travers les fêtes d’immeubles, les fêtes de quartiers, etc. Nous avons besoin de gentillesse, de
convivialité et de respect : aujourd’hui, nous voulons des relations sans formalisme pesant, sans culpabilité, une politesse à caractère universel et à
vocation de lien social »
L’idéal serait donc de trouver un juste équilibre entre communication et non-intrusion. « Mais cela,
ajoute-t-il, nécessite un apprentissage. »Nous aurions tout à y gagner. Plaire, être prévenant, complimenter, être poli avec autrui, c’est faire en sorte que
les autres soient contents d’eux-mêmes et contents de nous. C’est une source de bien-être et de contentement de soi.
« Etre poli, c’est la preuve que l’on n’est pas dans le ressentiment, conclut Michel Lacroix. Je ne peux pas être poli si je suis encombré
de rancœur. Ma politesse, c’est le thermomètre de ma réconciliation avec le monde et avec moi-même.

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