La relation père-fille, c'est complexe
idier Lauru : La réalité sociale a considérablement évolué. Les pères n’ont plus autant de pouvoir, ils partagent l’autorité parentale avec la mère, qui peut désormais transmettre son nom, et sont
plus présents auprès des enfants. Mais dans le fantasme, il demeure le principal support de l’autorité. La
grosse voix, les interdits, c’est lui.
Et les jeunes femmes que je reçois entretiennent l’idée qu’elles ont besoin de son approbation pour valider leurs choix, en particulier amoureux. Si elles se passent d’une autorisation formelle, elles ne veulent pas lui déplaire.
Et les jeunes femmes que je reçois entretiennent l’idée qu’elles ont besoin de son approbation pour valider leurs choix, en particulier amoureux. Si elles se passent d’une autorisation formelle, elles ne veulent pas lui déplaire.
Dans votre livre, Père-fille, vous explorez le lien entre le regard du père sur sa fille et l’épanouissement de cette dernière.
J’ai effectivement été frappé par l’insistance avec laquelle les femmes, sur le divan, évoquent le regard de leur père, au
sens propre du terme. Comme si ce regard, tour à tour teinté d’amour ou de déception, d’admiration ou de
réprobation, était une espèce de baromètre de leur relation. Comme s’il existait également un lien
entre la qualité de ce regard et les difficultés qu’elles rencontraient dans leur vie amoureuse ou leur sexualité.
Ce que j’ai voulu montrer dans ce livre, à travers différents récits d’analyse, c’est comment le père, à la manière d’un sculpteur devant un bloc de pierre, anticipait la femme en devenir dans la petite fille et l’aidait à advenir. Son regard, plus ou moins valorisant, est ce qui l’autorisera à accomplir sa féminité ou, au contraire, l’en empêchera.
Ce que j’ai voulu montrer dans ce livre, à travers différents récits d’analyse, c’est comment le père, à la manière d’un sculpteur devant un bloc de pierre, anticipait la femme en devenir dans la petite fille et l’aidait à advenir. Son regard, plus ou moins valorisant, est ce qui l’autorisera à accomplir sa féminité ou, au contraire, l’en empêchera.
La mère n’a-t-elle pas une responsabilité au moins égale dans ce domaine ?
C’est elle qui, dans les premiers temps, donne à la petite fille la base de sécurité dont elle
a besoin pour grandir, elle qui lui apprendra à être femme auprès d’un homme. Mais le père sera l’homme idéal de son imaginaire, celui dont elle cherchera le regard dans ses
amours futures, ce premier regard d’un homme posé sur elle. Que son partenaire ressemble à papa ou qu’il soit exactement son contraire, c’est lui qui
aura servi de référence.
Vous écrivez qu’il ne suffit pas à une fille d’avoir été aimée par son père, « encore faut-il qu’il l’ait aimée d’un regard juste »…
Ce qui est compliqué pour le père, c’est de trouver ce regard qui contienne suffisamment d’amour pour permettre à sa
fille d’avoir confiance dans sa capacité à séduire et de se construire comme sujet pensant, mais pas trop non plus pour ne pas l’empêcher de vivre sa vie et d’aimer
ailleurs.
Ce « regard juste », c’est un regard d’amour filial, à la fois porteur d’un discours sur sa féminité naissante et garant de l’interdit de l’inceste. Un regard qui dit, avec ou sans mots d’ailleurs : « Tu es jolie, tu es intelligente, un jour tu pourras plaire à qui tu veux, tu pourras être aimée d’un homme qui ne sera pas moi. »
Ce « regard juste », c’est un regard d’amour filial, à la fois porteur d’un discours sur sa féminité naissante et garant de l’interdit de l’inceste. Un regard qui dit, avec ou sans mots d’ailleurs : « Tu es jolie, tu es intelligente, un jour tu pourras plaire à qui tu veux, tu pourras être aimée d’un homme qui ne sera pas moi. »
Que se passe-t-il si ce regard a manqué ?
Le plus souvent, la fille en gardera une sorte de nostalgie, un besoin d’amour insatisfait. Plus tard,
dans ses relations amoureuses, elle sera en demande permanente de quelque chose qu’elle ne pourra pas obtenir puisque ce qu’elle espère n’a précisément pas existé. Elle l’a fantasmé,
idéalisé.C’est précisément pour dénouer ces énigmes-là que des femmes viennent en analyse.
si les yeux du père trahissent son désir ?
A dessein, je ne parle pas de l’inceste dans ce livre, car c’est un autre sujet. Mais consciemment ou non, le regard
d’un père sur sa fille est parfois équivoque. La plupart des pères ont fort heureusement intériorisé l’interdit de
l’inceste et frémissent d’horreur à l’idée qu’il puisse être transgressé.
Il n’empêche qu’ils ont, comme les mères avec leurs petits garçons, à composer avec des désirs incestueux inconscients qui peuvent transparaître à leur insu. De son côté, du fait de ses propres désirs œdipiens et de son envie de lui plaire, la fille peut interpréter certains regards de son père comme des tentatives de séduction.
Si le père ne renonce pas à s’approprier sa fille, elle aura alors les plus grandes difficultés à se détacher de lui pour trouver un compagnon
Il n’empêche qu’ils ont, comme les mères avec leurs petits garçons, à composer avec des désirs incestueux inconscients qui peuvent transparaître à leur insu. De son côté, du fait de ses propres désirs œdipiens et de son envie de lui plaire, la fille peut interpréter certains regards de son père comme des tentatives de séduction.
Si le père ne renonce pas à s’approprier sa fille, elle aura alors les plus grandes difficultés à se détacher de lui pour trouver un compagnon
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