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La communication non violente
Un outil pour acquérir de l’empathie
Pascale Molho, médecin, pratique la communication non violente (CNV) à l’hôpital. Une ambiance « électrique » règne dans ce service qui traite des maladies hémorragiques :
depuis l’affaire du sang contaminé par le VIH, les patients hémophiles retiennent beaucoup de colère, tandis qu’une culpabilité latente pèse sur les soignants.
Pascale Molho reçoit en consultation un jeune homme de 23 ans, contaminé, qui lui demande un somnifère en plus de son traitement. Connaissant sa tendance à abuser de ce type de
médicament, elle refuse. Furieux, le malade réplique : « Jusqu’à maintenant, tout ce que vous m’avez prescrit, c’est de la merde ! Alors, je ne vois pas pourquoi vous faites des
manières, ma petite dame. » C’est à cet instant que s’applique le « réflexe » CNV.
Il consiste à contrôler son envie d’argumenter et à deviner ce que vit l’autre, ses sentiments et ses besoins. Enfin, il s’agit de formuler une réponse en miroir. Pascale Molho
a répondu : « Vous êtes très en colère à cause de la contamination VIH. Vous avez besoin qu’on comprenne à quel point cela a détruit votre vie ? » Rien que le fait de se voir «
reflété » – pas seulement au niveau des mots, mais avec le cœur – procure la sensation d’être compris, et donc un soulagement. La tension agressive est désamorcée, l’échange
peut continuer.
Etre attentif aux sentiments d’autrui, pour s’harmoniser avec ce qu’il ressent, s’appelle avoir de l’empathie. La CNV se
présente comme une voie pour acquérir cette attitude, non seulement vis-à-vis d’un autre, mais aussi pour soi-même. Sous l’angle de la
progression personnelle, la méthode consiste à écouter son interlocuteur en se demandant : «Qu’est-ce que ses propos font naître en moi ?» Si, à l’écoute de votre discours intérieur, vous piégez une pensée comme
«Il est nul», ou si vous ressentez de l’irritation, dites-vous que vous êtes en train de juger, et que ces mouvements de colère vous rendent sourds à vos
besoins. Pour sortir de cet état, commencez par vous taire, pour ne pas semer de violence supplémentaire, puis osez le « geste » clé : renoncez à votre habitude
d’évaluer, pour sentir ce qui se passe en vous.
Avec courage et patience, car le changement ne se fait pas immédiatement… Vous saurez que le processus est en train de réussir quand vous observerez un lâcher-prise dans votre
corps, accompagné de sentiments comme la tristesse, l’impuissance, la solitude, le découragement… Demandez-vous alors quel désir non
assouvi vous fait éprouver cela. Quand vous l’aurez découvert, vous deviendrez capable de vous mobiliser pour le satisfaire.
La CNV a un symbole, la girafe, à cause de son cœur, le plus gros chez les mammifères. Son inventeur, le psychologue américain Marshall Rosenberg, vient
régulièrement en France.
Avoir recours à un tiers modérateur
Son rôle ? Aider les adversaires à renouer le dialogue, à trouver
eux-mêmes une solution à leur différend. Très à l’écoute, neutre, il donne la parole à chacune des parties. Il pose des
questions, cherche des bases de négociation. Quand un accord est trouvé, il est formulé par écrit. La médiation est souvent proposée par une structure qui la finance – tribunal,
mairie, école… –, mais elle peut faire suite à une démarche volontaire.
Pour qu’une médiation ait lieu, les deux parties doivent être prêtes à négocier. Si l’autre refuse, on peut aussi se faire conseiller sur
la manière de présenter son besoin de dialogue à son « ennemi », afin qu’il vienne autour de la table. «Dans les conflits de famille, de travail, de voisinage,
où les parties se côtoient, la médiation soigne les relations, conclut Jacqueline Morineau. Alors qu’une solution imposée par le tribunal crée un gagnant et un
perdant.»
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