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Le blog de Authentiqua

La politesse est -elle démodée ?

23 Janvier 2013 , Rédigé par Authentiqua Publié dans #Psychologie



La scène se passe dans l’autobus, sur la ligne 96,à Paris. Une femme, plutôt jeune mais l’air revêche et fatigué, monte à l’arrêt Ménilmontant. Un jeune homme se lève et lui dit : « Tiens, madame, assis-toi. »

La passagère se rue sur la place en le bousculant. Blessé, il invective l’indélicate en arabe et la tension monte. Une mamie s’en mèle« Vous auriez pu le remercier ! » La femme : « Il pourrait me vouvoyer quand même ! » La mamie : « Vous êtes surtout vexée parce qu’il vous a prise pour une vieille ! » Tout le monde rit, sauf la femme. Lancée sur la politesse, la mamie, une ex-prof à la retraite, est intarissable : « C’est désolant, dit-elle, on croirait que les gens n’ont plus que leur agressivité pour que l’on s’intéresse à eux… Pour ça, nous, nous avions le savoir-vivre
 
 
 
un marché parisien. Une femme et une petite fille déjeunent à une table. La petite fille quitte sa chaise. Un homme, l’oreille collée à son portable, prend sa place. Leur tournant le dos, il poursuit sa conversation. La mère, estomaquée : « Mais, monsieur ! » L’intrus ne l’entend pas. La mère insiste longtemps avant qu’il ne lui prête attention : « Quoi ? Vous voyez bien que je suis au téléphone ! »

La mère : « Vous avez pris la chaise de ma fille ! » L’homme sort enfin de sa bulle, il s’excuse, est désolé, etc. La conversation s’engage. « Sans le portable, je suis sûre que vous n’auriez pas eu ce comportement. » Lui : « C’est vrai, je suis vraiment désolé… » Il renouvelle ses excuses et s’en va. Cinq minutes plus tard, il revient, un bouquet de pivoines roses à la main. « Tenez », dit-il à la mère. La classe.
Une agressivité due à la peur et aux préjugés
Ces deux situations prouvent que le savoir-vivre, plus qu’un vernis, symbolise la manière dont chacun, selon son âge, sa culture et son éducation, se présente au monde. Lorsqu’ils sont appliqués, nos codes adressent à l’autre le message suivant : je respecte ton territoire pour que tu respectes le mien.
 
 
Mais, comme la nostalgie, la politesse n’est plus ce qu’elle était. Et c’est normal. Si l’on en croit Dominique Picard, psychosociologue  et professeure à l’université de Villetaneuse, « le premier traité des civilités , qui date du XVIe siècle, commençait déjà par ce constat : “Aujourd’hui, la politesse n’existe pas 
En 2006, la politesse n’a pas disparu, elle n’a fait qu’évoluer à cause du brassage culturel sans précédent et des conditions sociales tout particulièrement âpres que connaissent nos sociétés. Cela génère malentendus, quiproquos et agressivité, dus surtout à la peur et aux préjugés : si l’autre n’obéit pas aux mêmes codes sociaux que moi, c’est lui qui est dans l’erreur
 
1968, le début du relâchement
Le philosophe Michel Lacroix  parle, lui, d’un « fléchissement certain de la politesse depuis trente ans » : on prend avec le savoir-vivre les mêmes libertés qu’avec la grammaire, et de même que la conjugaison en a pris un coup, le respect de l’autre s’est abîmé.

Comment s’est opéré ce relâchement progressif ? « Les années 1960, qui ont culminé avec 68, ont érigé en valeurs la transparence, l’authenticité et la vérité dans les relations humaines, explique Michel Lacroix. La politesse telle qu’on l’imposait autrefois a été de ce fait assimilée à de l’hypocrisie. Elle était complice d’un ordre social et sexuel répressif. »
Avec la fin du respect des hiérarchies et de la division des sexes et des classes, c’est tout un ordre qui a volé en éclats. On a pensé alors que la « politesse du cœur » suffisait, parce que moins hypocrite que les codes conventionnels. « Or, la politesse n’a rien à voir avec l’affectif, poursuit Michel Lacroix. C’est justement quand je n’aime pas quelqu’un ou qu’il m’est indifférent que la politesse vient à mon secours pour l’aborder. »

Qu’un prof aime ou n’aime pas un élève, il se doit avoir envers lui un respect identique. Ou, comme l’écrivait le moraliste Joseph Joubert, « par la politesse, dès le premier abord, les hommes qui n’ont pas encore eu le temps de savoir s’ils ont du mérite commencent par s’en supposer  ».
« Lorsque je demande à mes étudiants à quoi leur sert le savoir-vivre, raconte Dominique Picard, ils répondent : à être reconnu dans son identité, à savoir que l’on existe pour l’autre et à délimiter son espace propre. En somme, pour les nouvelles générations, la politesse, c’est de l’huile dans les rouages de la communication.

Les générations précédentes, elles, intégraient l’apprentissage de la politesse comme facteur de promotion sociale. Les parents voyaient l’avenir de leurs enfants forcément plus rose que le leur et il y avait un bénéfice à leur enseigner des codes qui leur permettaient d’évoluer dans des milieux sociaux “supérieurs”. Il fallait se “distinguer”, comme le disait Pierre Bourdieu. Cette donnée a changé à cause des difficultés sociales et du chômage. » Sans compter l’esprit de compétition et le règne de l’individualisme.
En quête d’un nouveau savoir-vivre
Or, selon Michel Lacroix, le balancier est allé si loin que nous aspirons actuellement à un savoir-vivre new-look : « Notre époque est à la recherche d’une “bonne” politesse : ni machiste, ni moraliste, ni hypocrite. D’ailleurs, on le voit à travers les fêtes d’immeubles, les fêtes de quartiers, etc. Nous avons besoin de gentillesse, de convivialité et de respect : aujourd’hui, nous voulons des relations sans formalisme pesant, sans culpabilité, une politesse à caractère universel et à vocation de lien social »
 
L’idéal serait donc de trouver un juste équilibre entre communication et non-intrusion. « Mais cela, ajoute-t-il, nécessite un apprentissage. »Nous aurions tout à y gagner. Plaire, être prévenant, complimenter, être poli avec autrui, c’est faire en sorte que les autres soient contents d’eux-mêmes et contents de nous. C’est une source de bien-être et de contentement de soi.

« Etre poli, c’est la preuve que l’on n’est pas dans le ressentiment, conclut Michel Lacroix. Je ne peux pas être poli si je suis encombré de rancœur. Ma politesse, c’est le thermomètre de ma réconciliation avec le monde et avec moi-même.





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Armide 15/04/2010 16:10


Les préoccupations d'égo et de rentabilité ont remplacé la politesse alambiquée et rigide d'autrefois. Aujourd'hui, la bête redevient sauvage et grogne en montrant les dents, faute de pouvoir se
terrer.
La politesse est un luxe qu'on peut se permettre quand tout va bien.


Pluto DINGO 01/03/2010 23:32


C'est pareil pour le rire !


witney 24/11/2009 17:03


tout le monde n'a pas les mêmes repères, sinon la politesse c'est l'oxygène ds les relations !! bonne journée


capucine 01/07/2009 22:58

La vie est tellement plus belle quand on prête attention à l'autre et qu'on le respecte...Et tout semble du coup plus facile! Avec un bien amical sourire....